Après le Brexit, le Bregret

Mis à jour le: 10/07/2018 par Jonathan Levy

Edito

Avec quelques jours de recul, il est intéressant d’analyser la réaction des marchés financiers et des milieux d’affaires suite à la décision des Britanniques de sortir de l’Union Européenne.

 

La première réaction a été la peur, voire la panique. Le CAC 40 a perdu 8% le lendemain du référendum, ce qui n’était pas arrivé depuis octobre 2008, peu de temps après la chute de Lehman Brothers. Autant dire que l’affaire semble sérieuse.

 

Mais la crise que nous traversons n’est pas financière, elle ne fait pas suite à des pertes colossales sur les marchés du crédit, comme en 2008 avec les subprimes. La crise est d’une autre nature, elle est politique.

 

Dans un premier temps on avait craint que le Brexit donne des arguments à tous les populistes d’Europe, plus légitimes alors à demander un référendum sur le maintien de leur propre pays dans l’Union Européenne. On a eu peur d’un possible éclatement de l’Union Européenne et de la zone euro, aux conséquences économiques et sociales dramatiques.

 

Après 3 jours, la peur a changé de camp. Au Royaume-Uni, la crise politique est majeure, le pays est coupé en 2, même en 3 ou en 4. La fracture est sociale, générationnelle et géographique. Le camp du « Bremain » qui a perdu la bataille se déchire, avec notamment un parti travailliste qui s’enfonce de plus en plus dans la crise.

 

Le camp du Brexit, très hétéroclite, apparaît lui plus fragilisé que jamais, malgré leur victoire incontestable. Les leaders sont obligés d’avouer leurs mensonges, notamment au sujet du budget de la santé et du contrôle de l’immigration.

 

Enfin le Royaume est purement menacé de dislocation, l’Ecosse et l’Irlande du Nord souhaitant rester dans l’Union Européenne quitte à se détacher de l’Angleterre.

 

Avec le Bregret, le doute et le regret qui gagnent le Royaume-Uni, le pays cherche à gagner du temps, et temporise avant de déclencher le fameux article 50. Il souhaite connaître les conditions de son départ avant d’appuyer sur le bouton. Les Européens lui répondent l’inverse : il faut d’abord enclencher l’article 50 avant de négocier.

 

Mais le temps joue contre le Royaume-Uni. Plus il perd de temps, plus l’Europe gagne en pouvoir de négociation. La situation économique du Royaume-Uni risque de se dégrader très vite (baisse de l’immobilier, chute des investissements, délocalisation, hausse du chômage). Le secteur financier représente 13% du PIB, or une grosse partie des activités de la City qui concerne l’euro, pourrait quitter Londres. Le chancelier de l’Echiquier Georges Osborne prédit une cure d’austérité avec une hausse des impôts.

 

Du côté de la zone euro, le Brexit pourrait finalement avoir des impacts positifs sur la croissance à moyen terme. Les investissements qui ne seront pas réalisés en Angleterre pourraient être relocalisés dans la zone euro.

 

Pour l’Europe, le principal risque était celui de la contagion. Ce risque apparaît plus faible aujourd’hui. Si le Royaume-Uni va jusqu’au bout (certains envisagent de faire revoter le peuple), les méfaits du choc devraient être durables pour lui, et seulement transitoires pour l’Union Européenne.

 

Il reste tout de même un défi pour l’Europe. Le débat sur le Brexit a fait apparaître de vraies questions auxquelles il faut apporter de vraies réponses. L’Europe ne peut pas s’en tenir à l’argument faible qui consiste à dire que le « out » est pire que le « in ». Elle doit se réformer, se transformer pour répondre aux attentes des peuples. La tache est titanesque, charge aux dirigeants d’être à la hauteur des enjeux. Le Bregret leur donne un peu de temps.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr