Changeons la culture du risque !

Mis à jour le: 05/07/2018 par Jonathan Levy

Ce qui devait arriver arriva. La déflation s’installe en Europe et la BCE a fini par faire ce qu’elle avait refusé jusqu’à présent : un Quantitative Easing (QE), c’est-à-dire un assouplissement monétaire. Cela consiste à créer de la monnaie et à racheter des dettes souveraines de la zone euro avec l’argent créé.

Que pouvons nous attendre de cette politique tant attendue par certains, et tant redoutée par d’autres ?

Tout d’abord, j’entends parfois que la BCE crée un environnement artificiellement bas de taux d’intérêts, et que cela apparaît dangereux. Il me semble que c’est une erreur d’analyse. Avant qu’on anticipe les différentes actions de la BCE, la France empruntait à 2,70% à 10 ans. C’était il y a 18 mois seulement. Aujourd’hui, elle emprunte à 0,60%.

Or la France doit emprunter environ 200 milliards d’euros chaque année. Une baisse des taux de 2% (impact estimé de l’action de la BCE) permet une économie de 4 milliards sur les intérêts chaque année. Bien sûr il s’agit d’un effet cumulatif. Imaginez si la politique de la BCE durait 10 ans, on économiserait 40 Md€ chaque année sur la charge de la dette !

En tout cas, l’économie réalisée permet de limiter les efforts collectifs pour réduire le déficit et la dette : grâce à la politique monétaire de la BCE, nous avons moins besoin d’augmenter les impôts ou de réduire les dépenses de l’Etat. Sans le QE de Mario Draghi, nous devrions donc mener une politique budgétaire d’austérité beaucoup plus rigoureuse, qui nous conduirait inévitablement à la récession, et qui serait catastrophique pour l’emploi.

Le second effet de la politique de la BCE est la baisse de l’euro de près de 20% par rapport au dollar. Il était aberrant de laisser le terrain de jeu à la FED, alors qu’on sait à quel point le cours de change est important pour la croissance.

Ne serait-ce que pour ces deux raisons, baisse des taux des emprunts d’Etats et baisse de l’euro, la BCE a eu entièrement raison de lancer son programme de rachat d’actifs.

En revanche, la BCE espère retirer de cette politique une relance des crédits aux entreprises et aux particuliers, en rendant les conditions financières d’emprunt attractives. Mais rien n’est moins sûr. Cela a bien fonctionné aux Etats-Unis car le système de distribution de crédit, organisé différemment, est plus efficace que chez nous.

En France, les encours de crédit progressent trop faiblement. Les banques s’en défendent en prétextant que c’est la demande de crédit qui est faible. Or il y a un signe qui ne trompe pas, qu’on aperçoit dans les résultats publiés pour 2014. Les banques se félicitent d’avoir un risque maintenu au plus bas. Il s’agit du risque que leurs clients ne les remboursent pas. Mais c’est justement là que le bât blesse. Les banques doivent accepter de prendre un peu de risque en prêtant plus, c’est précisément leur métier. Ce ne sont pas des entreprises comme les autres ; elles jouent dans l’économie un rôle majeur que l’Etat leur délègue en leur accordant des licences bancaires.

Mais de l’autre côté, il est juste de noter que les pouvoirs publics exercent beaucoup de pression sur les acteurs bancaires, en augmentant les contraintes de toutes sortes. D’abord les taux réglementés sont hors marchés et leur niveau élevé empêche la diffusion de la politique monétaire accommodante de la BCE à l’économie réelle en France. Ensuite les ratios de solvabilité et de liquidité qu’on leur impose sont excessifs. Il est louable de vouloir prévenir les crises financières, mais on ne s’est jamais demandé si le coût de prévention des crises n’est finalement pas plus élevé que leur coût de résolution. Le PIB des Etats-Unis est largement supérieur aujourd’hui à ce qu’il était avant la crise des subprimes, alors qu’on est juste au même niveau en France.

C’est toute la culture du risque qui est à revoir dans notre pays.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr