Don’t fight Mario Draghi


Mis à jour le: 10/07/2018 à 15h43 par Jonathan Levy

Le 14 décembre dernier, la NASA nous annonçait un alignement des planètes qui réduirait la gravité de la Terre. Tous en apesanteur ! Mais ce phénomène extraordinaire qui s’est produit le 4 janvier 2015, n’a duré que 5 minutes.Et si en économie aussi, l’alignement des planètes était voué à ne durer qu’un instant très bref ? C’est la question majeure que se posent les marchés financiers actuellement. Est-ce déjà la fin de la récréation en Europe ?

En une semaine, la hausse des taux a annulé 6 mois de baisse.

Le phénomène est vraiment spectaculaire. L’euro est remonté de 1,05 à 1,14, et le brent a repris environ 40% par rapport à ses plus bas annuels.

Comment expliquer ces mouvements de marchés très forts ? Pour cela il faut revenir à la politique monétaire de la BCE. Le programme de rachat de dettes souveraines a été annoncé en janvier dernier pour lutter contre le risque de déflation, dans un contexte de dette élevée, de chômage de masse et de croissance molle. La politique active de la BCE a permis une baisse des taux et une baisse de l’euro, ce qui a fini par doper l’économie, avec l’aide de pétrole bon marché.  

Force est de constater que les résultats sont plus rapides que prévus. Après de longs mois en territoire négatif, l’inflation a atteint 0% au mois d’avril, ce qui signifie que la baisse des prix s’est interrompue, et le risque de déflation est temporairement écarté. Les encours de crédit croissent de nouveau, synonyme de reprise de l’investissement privé. La croissance économique montre clairement des signes d’amélioration dans toute la zone euro. La croissance est bonne sur le 1er trimestre (y compris en France) et est attendue sur des niveaux que nous n’avions pas vus depuis longtemps cette année et l’année prochaine (respectivement +1,5% et 2%).

 Dans ce contexte plus porteur, il est normal que les taux d’intérêt remontent. D’autant plus qu’on ne fait que corriger un excès. Le taux à 2 ans allemand par exemple était tombé à -0,30%, en dessous du niveau de la BCE elle-même. De leur côté, les Etats-Unis connaissent un vrai ralentissement, avec une croissance à l’arrêt complet au 1er trimestre. Ces performances contrastées des deux côtés de l’Atlantique ont fait remonter l’euro par rapport au dollar.C’est tout le paradoxe de la situation actuelle : les bonnes nouvelles européennes font chuter les marchés européens car on anticipe que les conditions financières (taux bas et euro faible) seront par conséquent moins favorables au 2ème semestre pour l’Europe.

 Mais les marchés sous-estiment la BCE. Celle-ci vient juste de mettre en place son programme d’achat d’actifs, qui n’a réellement débuté qu’en mars. La reprise économique est certes bien réelle, mais elle est trop récente, et d’ampleur encore trop modeste. Elle est donc fragile. Or c’est comme pour les antibiotiques, on ne les arrête pas avant la fin du traitement même si on se sent mieux. Il n’est donc pas question que la BCE interrompt plus tôt son programme alors qu’il commence à peine à donner des résultats.

Pour éviter le risque de krach obligataire (hausse rapide des taux d’intérêt qui étoufferait la croissance) que craignent les marchés, il reste à la BCE une arme, que la FED manie abondamment. C’est l’arme de la parole. Elle peut (et elle doit) orienter les marchés, en précisant ses intentions.

En commentant la hausse des taux par exemple, elle peut vite la stopper en découragent les investisseurs qui parient sur la poursuite de la hausse (« don’t fight the central bank »). C’est à elle de guider les marchés pour éviter les mouvements brusques, très néfastes pour l’économie. C’est ce qu’on appelle en anglais, le « forward guidance ». Ces dernières semaines les marchés semblent avoir douté de Mario Draghi. A chaque fois, ils s’en sont mordus les doigts.

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr