Edito du mois : Brexit – L’union fait la force

Mis à jour le: 29/11/2018 par Jonathan Levy

Edito du mois : Brexil deal or no deal - couv

La Grande-Bretagne va bien quitter l’Union Européenne l’an prochain, il n’y a aucun doute, n’en déplaise à certains. En revanche, ce qui est moins sûr, ce sont les conditions dans lesquelles le retrait va s’opérer. Deal or no deal ? C’est la question à 240 milliards de livres (270 milliards d’euros).

 

C’est le chiffre que vient de publier la Banque d’Angleterre : en cas de divorce sans accord, le PIB se contracterait de 9%. Bien sûr, cela rappelle les études publiées en 2016, avant le référendum. Les partisans du Brexit ont beau jeu de dire que la banque centrale force le trait pour imposer l’accord. L’économie britannique ne s’est pas effondrée comme le prévoyaient les mêmes économistes.

 

Et pourtant, la classe politique anglaise devrait être inquiète. La croissance était sur une tendance forte, au-dessus des 2%, de 2011 à 2015. Or, elle a bien ralenti depuis le référendum. Cette année, elle est attendue en dessous de la croissance de l’Union Européenne, à 1,2%. Et les perspectives pour l’année prochaine ne sont pas bien orientées. L’investissement des entreprises ralentit nettement. La consommation, déjà en baisse, ne tient que parce que les anglais puisent dans leur bas de laine. Mais pour combien de temps encore ?

 

« En cas de No Deal, le PIB du Royaume-Uni se contracterait de 9% […] et bon nombre d’entreprises seront contraintes de délocaliser »

Le pouvoir d’achat des anglais est déjà en baisse ces deux dernières années. Phénomène que nous ne connaissons plus en Europe, l’inflation a bondi au Royaume-Uni à cause de la chute de la livre sterling de près de 15% par rapport à l’euro depuis l’annonce du référendum début 2016. La hausse des salaires a été plus faible que la hausse de l’inflation : les anglais se sont appauvris ces deux dernières années. C’est déjà une réalité, mais le plus dur est à venir puisque le Brexit n’a pas encore eu lieu.

 

En cas de divorce sans accord, bon nombre d’entreprises seront contraintes de délocaliser. Les prix de l’immobilier pourraient significativement baisser dans la ville qui n’était pas loin d’être la plus chère au monde, Londres. Par exemple, Amundi Immobilier, qui avait investi de l’autre côté de la Manche, signale être en train de vendre des actifs immobiliers.

 

La classe politique anglaise serait bien inspirée de valider l’accord proposé par Theresa May. Bien sûr, la pilule est dure à avaler pour les « Brexiters ». Mais l’accord obtenu par Theresa May est pourtant le meilleur accord qu’elle pouvait négocier. Car, du point de vue des Européens, aucun autre accord n’aurait été acceptable. Sur l’accès au marché unique par exemple, le cas est très révélateur. Le Royaume-Uni exporte l’équivalent de 12,5% de son PIB vers l’Union Européenne. L’enjeu est donc de taille de conserver l’accès au marché unique dans de bonnes conditions pour les entreprises anglaises. Il a été demandé par l’Europe que, dans ce cas, les entreprises devront respecter les règles de l’UE pour éviter tout dumping social, fiscal ou environnemental. Cette condition protège les entreprises européennes et tous les salariés européens. Bien sûr il est difficile pour les « Brexiters » de valider un texte qui engage le Royaume-Uni à respecter des règles pour lesquelles ils n’auront désormais plus voix au chapitre.

Cet exemple révèle la force d’attraction de l’Europe, dont nous avons nous-même rarement conscience.

 

Sur le plan politique, on peut constater que le référendum a plongé le Royaume-Uni dans le chaos. Les partis politiques sont éclatés sur la question du fameux « deal ». La première ministre devra tenter de limiter la casse dans ses rangs et d’aller chercher des voix dans l’opposition. La tâche s’annonce difficile.

 

En cas de divorce dur (« hard Brexit »), c’est-à-dire sans accord avec l’UE, le Royaume-Uni pourrait éclater. Sur les quatre nations qui constituent le Royaume, deux pourraient demander leur indépendance. L’Irlande du Nord aurait un argument tout trouvé si elle était coupée de la République irlandaise. Or les Anglais ont avant tout voté en faveur du Brexit pour mieux contrôler les frontières. L’Ecosse de son côté, a voté à 55% en faveur du maintien dans l’UE. Le hard brexit pourrait pousser les Ecossais à revoir leur position quant à leur appartenance au Royaume, pour rejoindre l’UE ensuite.

 

Face à ce sombre tableau qu’offre la classe politique britannique, l’Europe est apparue sous son meilleur jour. Jamais elle n’avait été aussi soudée. Le Conseil Européen qui a validé le texte proposé par Michel Barnier (négociateur du Brexit pour l’UE) a été le plus court qu’on n’ait jamais connu. Pendant toute la durée des négociations, les 27 Etats membres sont restés unis et ont parlé d’une seule voie.

 

Les Européens ont mis 2700 ans à expérimenter ce que l’écrivain grec Esope disait déjà : l’union fait la force. Un conseil pour nos amis anglais avant le vote à Westminster : Unity makes Strength.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr