Edito du mois : La campagne fantôme

Mis à jour le: 27/11/2017 par Jonathan Levy

Edito du mois - Présidentielle 2017 : la campagne fantôme

Quand on voit le niveau de la campagne électorale, on se dit que la France doit aller très bien pour se permettre de s’affranchir d’un débat de fond sur le futur projet politique que nous allons adopter pour les 5 prochaines années. Vu le peu de temps qu’on passe sur les différents projets politiques, il ne doit y avoir aucun défi à relever, le chômage doit être au plus bas, l’industrie doit bien se porter, et les finances publiques doivent être parfaitement maîtrisées.

Le spectacle que nous offre la classe politique aujourd’hui pourrait faire sourire si le pays était dans une autre situation économique. Seulement les marchés financiers sont là pour nous rappeler que nous pourrions payer très cher cet épisode raté, et pourtant indispensable, qu’est la campagne présidentielle.

 

Certains intervenants de marchés commencent à spéculer sur les conséquences d’une possible victoire du Front National.

Certains indicateurs doivent être pris au sérieux. Les taux d’intérêt de la dette française sont en forte hausse, l’écart avec les taux allemands est au plus haut de 5 ans, ce qui nous ramène dans le contexte de la crise des dettes souveraines de la zone euro ! Le CDS à 5 ans (Credit Default Swap) qui mesure le coût d’une assurance sur la signature de la France, traduit la probabilité que la France fasse faillite dans les 5 ans. Cela est un bon indicateur de la vision que le marché a de notre pays quant à sa solvabilité et sa crédibilité. Cet indicateur a doublé en 3 mois, pour atteindre 0,65% !

Le marché commence à s’inquiéter d’un éventuel éclatement de l’Union Européenne et de la Zone Euro en cas de victoire de Marine Le Pen. C’est ce risque qui a fait que le dossier grec a pris beaucoup plus d’importance que le simple poids économique de la Grèce en Europe.

 

Quelles seraient les conséquences économiques pour la France d’un retour au franc ?

 

Tout d’abord on peut convenir que le franc serait rapidement sous pression et baisserait par rapport à l’euro. La confiance dans le pays serait ébranlée, et techniquement la France étant importatrice nette quand l’Allemagne est exportatrice nette, les flux financiers affaibliraient structurellement notre monnaie. La banque de France pourrait tenter de soutenir la monnaie en relevant les taux d’intérêt, mais ce serait alors défavorable à la croissance.

La dette publique serait probablement sous pression. Si elle reste en euros, son poids dans le PIB s’alourdirait dans un contexte de baisse du franc. La Banque de France ne serait pas en mesure de racheter la dette en euros, car elle n’émet pas d’euros. Et la BCE serait peu encline à continuer à racheter notre dette en euros, si la France quitte l’Union Européenne.

Mais les conséquences les plus négatives porteraient en réalité sur notre système bancaire.

 

« Les marchés se sont appuyés sur le programme pro-croissance de Trump.
Rien de tel n’existe dans le programme de Marine Le Pen. »

Il est vrai que les marchés s’étaient inquiétés de l’élection de Trump, mais ont finalement progressé de 13% ensuite. Ils se sont appuyés sur le programme économique du candidat républicain qui prévoit de stimuler la croissance. Rien de tel n’existe dans le programme de Marine Le Pen, dont une des mesures économiques et sociales est un retour en arrière sur les retraites.

Le paradoxe de la situation est que les nouvelles économiques sont plutôt bien orientées en ce moment. Mais pour l’instant la bourse est attentiste et ne prend pas en compte tous ces indicateurs, ni même les résultats des entreprises. Les banques ont publié de bons résultats, mais ont été pénalisées en bourse, car comme on l’a vu plus haut, elles seraient les grandes perdantes d’un retour au franc.

 

Notre propos n’est pas de donner une leçon de morale à qui que ce soit mais plutôt d’alerter sur ce qu’on voit poindre sur les marchés financiers. Notre système capitaliste est avant tout basé  sur la confiance. Si celle-ci est remise en cause, les créanciers fuient.

On peut le regretter, mais c’est un fait : la France est dépendante des marchés, des créanciers et des investisseurs.  Il est très dur et très long de gagner leur confiance, alors qu’elle peut être rompue en un clin d’œil.

Il est temps que la vraie campagne démarre et que les Français puissent s’impliquer et faire leur choix en toute connaissance de cause. Le compte à rebours à commencé.

Le général américain Douglas MacArthur disait : « les batailles perdues se résument en 2 mots : trop tard ».

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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