Edito du mois : La réponse historique face à une crise économique sans précédent


Mis à jour le: 09/04/2020 à 09h13 par Jonathan Levy

Edito du mois : Mars 2020 Covid19 - couv

Il n’est pas besoin d’être un fin épidémiologiste pour voir que les États-Unis ont mal géré la crise sanitaire qui sévit, malgré les immenses moyens dont ils disposent. Ils deviennent le pays le plus touché au monde, avec plus de 81 000 personnes infectées, au moment où ces lignes sont écrites.
Mais il n’est pas besoin d’être un fin économiste pour voir que les États-Unis viennent de donner une nouvelle leçon d’économie au reste du monde.
S’ils ont tardé à prendre des décisions sur le plan sanitaire, ils ont été les plus rapides pour mettre en place une réponse à la hauteur des enjeux économiques. Mais est-ce suffisant pour éviter qu’une crise économique éclate durablement ?

 

Il est évident que la croissance économique mondiale sera très sévèrement touchée par la crise sanitaire. Trois milliards d’individus sont actuellement confinés sur la planète, ce qui représente près de 40% de la population mondiale. Si on raisonne en termes de PIB, c’est près de la moitié de la planète qui est touchée par des mesures de confinement plus ou moins strictes.

Or, des chiffres commencent à circuler sur les conséquences économiques du confinement, qui montrent un impact d’une extrême violence. Les indicateurs avancés publiés par l’institut Markit sont tombés à leur plus bas niveau depuis que l’étude existe (1998). Les données montrent que l’activité économique descend plus bas que lors des deux dernières grandes récessions provoquées par l’éclatement de la bulle internet en 2000-2002 et la crise des subprimes en 2007-2009.
D’autres chiffres permettent d’illustrer la violence de la crise : le nombre de demandeurs d’emplois hebdomadaires est passé de 280 000 à plus de 3 millions en une semaine aux USA. En France, l’Insee estime que l’activité tourne aux deux tiers seulement, depuis le confinement.
Les premières estimations de la croissance mondiale réalisées depuis la mise en place du confinement font état d’une récession de plus de 5% sur le premier semestre. Bien sûr qu’il faut prendre avec précaution ces chiffres, tant les incertitudes sont grandes, et le scénario inédit. Mais, à ce stade, peu importe ce chiffre en réalité. Ce qui compte plus, ce sont les mesures économiques qui sont d’ores et déjà prises pour soutenir les particuliers et les entreprises.

 

Les crises qui se succèdent ne se ressemblent jamais. La crise à laquelle nous sommes confrontés n’est pas comparable à la précédente, même si le choc qu’elle provoque est d’une ampleur similaire. Mais dans tous les cas, le délai de réaction des autorités est un enjeu majeur pour limiter l’onde de choc qu’elle va créer. A ce sujet, il faut saluer les réponses déjà apportées par les différents États et institutions monétaires.

 

Les États-Unis en premier lieu ont montré la voie avec une réponse forte et immédiate de la FED dans un premier temps et de l’administration Trump dans un second temps.
La FED a considérablement assoupli sa politique monétaire en l’espace de 3 semaines. Elle a été plus loin qu’en 2008, au moment où le système bancaire menaçait de s’écrouler, tant en termes d’ampleur qu’en termes d’approfondissement des outils.
Ainsi, elle a accéléré son programme de rachat de dette souveraine et bancaire pour 700 Md$. Elle a mis en place de nouvelles facilités pour 300 Md$ pour aider les entreprises à se financer en intervenant sur le marché secondaire ou le marché primaire, pour la première fois de son histoire. Elle a injecté 1 500 Md$ sur le marché court terme pour le fluidifier.
Cette politique monétaire ultra accommodante s’accompagne d’une politique budgétaire très vigoureuse, avec un plan de relance historique de 2 000 Md$, soit 9,5% du PIB. Une partie doit soutenir les personnes touchées par le chômage, une autre (500 Md$) sera distribuée aux ménages sous forme de chèques. Côté entreprises, l’État annule les cotisations sociales employeurs pour 3 mois (150 Md$) et met en place des prêts aux entreprises en difficultés pour 850 Md$.

 

A l’échelle mondiale, le G20 s’est mis d’accord pour mettre en place une réponse évaluée à 5 000 Md$. Ce chiffre est considérable puisqu’il correspond 6,25% du PIB mondial, ce qui est inédit.
En 2007, lors de l’éclatement de la crise des subprimes, les banques centrales avaient mis 6 mois à réagir, le G7 18 mois !
La réponse à la crise actuelle nous semble suffisamment rapide et adaptée par rapport à l’ampleur du choc. Elle devrait permettre d’éviter que celle-ci ne s’installe durablement et entame un cercle vicieux difficile à rompre ensuite.
Les trop nombreux décès sont bien une réalité, et on continuera à pleurer longtemps nos proches, et moins proches, emportés par le virus. Mais sur le plan économique, ne nous interdisons pas d’être optimiste.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr