Edito du mois : Le contrecoup du Brexit

Mis à jour le: 04/07/2018 par Jonathan Levy

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Les banques centrales mènent depuis de nombreuses années des politiques monétaires ultra-accommodantes. Elles se sont aventurées dans des politiques dites non conventionnelles, taux négatifs, rachats d’actifs, … Elles ont dû s’adapter à un contexte inédit dans les économies avancées, marquées par des montagnes de dettes. Ce n’est plus le Mont Blanc ou le Kilimandjaro, mais plutôt l’Everest qui symbolise ces dettes. Il fallait bien trouver des réponses à la hauteur de la situation.

Alors on se demande souvent quelle est la limite de ces politiques monétaires ? En somme, jusqu’où pouvons-nous créer de la monnaie sans que le système n’explose ? Le Royaume-Uni vient de nous apporter la réponse avec le Brexit !

 

Si l’économie britannique a plutôt bien tenu le choc juste après le référendum en juin 2016, elle semble beaucoup plus souffrir aujourd’hui, et les perspectives ne sont pas positives. Les enquêtes de conjoncture laissent présager un ralentissement économique marqué, alors que le reste du monde voit sa croissance se renforcer.  Dans ce contexte, la BOE, la banque centrale anglaise, devrait mener une politique plus accommodante pour soutenir son économie. Or, elle vient de préparer le terrain à une future hausse des taux, susceptible de ralentir encore un peu plus l’économie.

 

Pourquoi n’utilise-t-elle pas les armes de relance monétaire comme le font toutes ses consœurs ? La réponse réside dans l’inflation qui explose au Royaume-Uni, quand elle reste contenue dans le reste du monde. Avec la baisse de la livre depuis le Brexit, l’inflation atteint presque les 3%, alors qu’elle est à la moitié seulement dans la zone euro. Un excès d’inflation grignote le pouvoir d’achat et finit par peser sur la consommation.

 

Une hausse des taux aura un impact plus négatif au Royaume Uni que dans le reste de l’Europe, car une grande majorité de crédits est à taux variable. La hausse des taux va donc se voir directement dans le budget des ménages. Il va également alourdir le service de la dette de l’Etat qui devra emprunter à des taux plus élevés, ce qui va creuser un peu plus le déficit. Mais la BOE n’a pas le choix, elle doit tenter de limiter la baisse de la devise, qui est à l’origine de  la hausse de l’inflation. L’économie britannique est entrée dans un cercle vicieux.

 

Le Royaume-Uni est bien le seul pays dans cette situation actuellement, car dans toutes les économies avancées on observe le même phénomène, jamais vu dans l’histoire récente : une absence de poussée inflationniste. Même dans les pays avancés dans le cycle économique et qui sont en plein emploi, l’inflation reste loin de l’objectif des 2% fixé par les banques centrales. C’est le cas des Etats-Unis ou de l’Allemagne par exemple. On est dans la situation opposée à celle du Royaume-Uni : une inflation qui reste basse et une accélération de la croissance. La BCE va pouvoir maintenir sa politique accommodante, favorable à la croissance et à l’emploi.

 

Il y a 2 ans on parlait de l’alignement des planètes avec un euro bas, des taux d’intérêt faibles et un pétrole pas cher. On pourrait rajouter une 4è planète, avec un environnement politique plus apaisé en France et dans l’Union Européenne. On sait à quel point ces paramètres ont un rôle important pour la croissance et l’emploi. Bien sûr, les variables économiques sont essentielles, mais le climat politique l’est tout autant. Il permet de restaurer la confiance perdue, qui est nécessaire pour que les entreprises investissent et créent des emplois. Le philosophe Denis Rougemont disait bien : « toute politique est autorisation de l’avenir ».

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr