Edito du mois : Le Lièvre et la Tortue

Mis à jour le: 10/07/2018 par Jonathan Levy

Politique Trump

Depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, une contradiction est apparue sur les marchés financiers, symbolisant deux scénarios opposés.

D’un côté, les indices actions ont fortement progressé (entre +10 et +15% selon les indices), d’un autre, le dollar s’est légèrement affaibli face à l’euro.

Lequel des deux marchés a raison ?

 

La hausse des indices actions repose sur les anticipations de la future politique économique de Trump basée sur trois piliers : une baisse importante des impôts, un plan massif d’investissement dans les infrastructures, et une déréglementation censée être favorable au business en général. Les marchés actions pensent que ces mesures devraient générer un supplément de croissance. Or, si ce scénario se réalise, il est fort à parier que la FED relève ses taux plus rapidement que prévu. En effet, une croissance plus forte pourrait accélérer l’inflation et la pousser dangereusement au delà de l’objectif de 2%. Ce scénario aurait donc dû propulser le dollar vers de nouveaux sommets. Mais c’est l’inverse qui s’est produit.

Contrairement aux marchés actions, la FED ne fait pas de chèque en blanc au nouveau Président. Pour l’instant, elle ne modifie pas ses projections de croissance et d’inflation, et attend de voir ce qui sortira réellement des cartons de la nouvelle équipe de la Maison Blanche. Elle ne compte pas accélérer la hausse des taux, et au contraire fait preuve de beaucoup de patience, afin de ne pas étouffer la croissance trop vite. C’est ce décalage entre les anticipations des marchés et celles de la FED qui explique la correction du dollar par rapport à l’euro.

 

« Depuis quelques jours, les marchés semblent douter du scénario ultra-optimiste. »

Depuis quelques jours, les marchés semblent douter du scénario ultra-optimiste. L’épisode de la réforme de l’Obamacare a porté un coup fatal à la confiance qu’ils accordaient à Trump. Non pas que la réforme était absolument attendue par les marchés pour relancer la croissance, mais elle servait surtout de test. Trump était vu comme une personne très pragmatique, et dotée d’une grande qualité de négociateur. Or, s’il était acquis chez les Républicains que l’Obamacare devait être réformée, il y avait plusieurs courants au sein du parti sur les alternatives au système actuel. Faute de compromis, les Républicains sont incapables de voter une réforme et vont donc garder un système qu’ils dénoncent tous !

A présent, les marchés financiers s’interrogent légitimement sur la capacité de Trump à faire voter le reste de son programme économique.

 

Si cet épisode aura eu un impact négatif sur le dollar, pouvons-nous dire pour autant que la messe est dite, et que la monnaie américaine va inexorablement s’affaiblir ?

Nous pensons plutôt l’inverse. En réalité, la clef n’est pas entre les mains des Républicains, mais surtout entre celles des Banques Centrales, la FED et la BCE.

 

La FED à contretemps ?

 

La FED a pour mandat de renforcer la croissance et de contrôler l’inflation. Mais pour l’instant, elle semble surtout se focaliser sur le premier point. Or, on voit poindre des signes d’inflation dans l’économie américaine. Le taux de chômage témoigne d’une situation de plein emploi avec un taux de 4,7%. Et surtout les hausses de salaire qui atteignent à présent +2,8% en rythme annualisé. Or, les économistes considèrent qu’à partir de 3-3,5%, ces hausses sont génératrices d’inflation. Quelles que soient les réformes à venir de Trump, l’économie américaine nécessite une politique monétaire plus restrictive, favorable à une appréciation du dollar.

 

En Europe, la BCE a beaucoup plus de temps devant elle. Certes, les indicateurs macroéconomiques montrent actuellement une amélioration de la croissance. Mais la situation de l’emploi dans la zone euro est loin d’être celle des Etats-Unis, sauf en Allemagne peut-être. Il n’est pas exclu que la BCE relève un peu les taux pour adoucir les effets néfastes des taux négatifs, mais il est peu probable que la hausse soit forte. La politique monétaire de la BCE devra rester très accommodante encore longtemps, quand celle des Etats-Unis devra redevenir neutre dans un premier temps, et même restrictive ensuite.

 

Dans ce contexte, le dollar pourrait finir par s’apprécier de nouveau face à l’euro.

Si ce n’est déjà fait, Janet Yellen devrait relire « le Lièvre et la Tortue ». Si elle part trop tard, elle finira par perdre la partie face à l’inflation. Personne n’y a intérêt.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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