Edito du mois : Le verre à moitié plein

Mis à jour le: 24/01/2019 par Jonathan Levy

Edito du mois : verre à moitié plein - CouvLes bourses mondiales ont terminé l’année 2018 dans un état catastrophique. Aux États-Unis, le mois de décembre est le plus mauvais depuis près de 90 ans (ce qui nous ramène à la crise de 1929 !). Les marchés démarrent l’année 2019 dans un tout autre état d’esprit, plus positif. Et pourtant, pas grand-chose n’a changé depuis 1 mois. Seulement, les investisseurs voyaient le verre à moitié vide, ils le voient dorénavant à moitié plein.

 

Tout au long de l’année 2018, les marchés se sont inquiétés d’un possible ralentissement de l’économie mondiale. De nombreux signes se sont manifestés en ce sens. Les nouvelles prévisions des différentes institutions montrent à présent que ce ralentissement est notable. La Banque mondiale, par exemple, vient de publier son dernier rapport semestriel intitulé « des cieux qui s’assombrissent ». L’institution fait part d’une croissance en retrait dans la plupart des grandes zones économiques : les États-Unis devraient voir leur croissance baisser de 2,9% en 2018 à 2,5% en 2019, la Chine de 6,5% à 6,2% et l’Europe de 1,9% à 1,6%.

 

Les marchés avaient donc raison de s’inquiéter puisqu’ils ont fini par avoir raison sur la croissance. Mais alors, pourquoi assiste-t-on à une remontée des indices boursiers en ce début d’année ?

 

Pour comprendre la raison de ce bon départ, il faut avoir en tête que les marchés sont toujours dans l’anticipation. Les mouvements de marché observés à un instant t ne traduisent pas l’état de l’économie à cet instant, mais plutôt la vision qu’ils en ont à l’instant t+1. La remontée des indices traduit donc que les perspectives économiques sont peut-être moins dégradées que ce qu’ils pensaient un mois plus tôt.

 

« Donald Trump et Xi Jinping ont compris que les tweets et les menaces de taxes douanières ont entaché la confiance des marchés et des entreprises. »  

Certains économistes affirment que les prévisions ont un caractère auto-réalisateur. Le seul fait que les marchés pensent que l’économie se dégrade provoquera un ralentissement économique, voire une récession. Deux raisons expliquent ce phénomène. Tout d’abord, lorsque les marchés sont plus tendus, on constate une dégradation des conditions financières. Concrètement, les grandes entreprises empruntent à un coût plus cher, ce qui impacte négativement leurs marges. La deuxième raison porte sur la confiance. Lorsque les marchés financiers baissent fortement, cela traduit une baisse de la confiance dans l’avenir, qui finit par se diffuser à l’ensemble des acteurs économiques. Cela peut ensuite provoquer une baisse de la consommation et une baisse de l’investissement, qui a pour conséquence un ralentissement ou une récession.

 

En réalité, les marchés jouent le rôle de boussole de l’économie ou de thermomètre. Devant la dégradation des marchés financiers en 2018, qui annonçait ou allait provoquer une récession, les dirigeants se devaient de réagir. Ainsi, la Chine a mis en place fin décembre une série de mesures monétaires pour soutenir son économie. On s’attend également à un plan de relance budgétaire en complément.

Donald Trump et Xi Jinping semblent tous les deux vouloir négocier, afin d’éviter que la guerre commerciale ne sape l’économie de leurs deux pays. Ils ont compris que les tweets et les menaces de taxes douanières ont entaché la confiance. Ils doivent tout faire pour la rétablir.

La FED qui tenait un discours très ferme sur le resserrement monétaire a dû modifier les éléments de langage, et envisage à présent de temporiser avant de continuer dans la voie de la hausse des taux. La BCE devrait lui emboîter le pas.

 

En 2018, les marchés financiers ont baissé car les perspectives économiques se dégradaient. Ils envisageaient le scénario du pire, celui d’une récession sévère. Mais cela a permis une prise de conscience salutaires de certains décideurs. Le comportement de certains d’entre eux, ou la politique qu’ils menaient étaient inquiétants pour l’avenir. Les marchés financiers les obligent à évoluer. Cela s’appelle le pragmatisme.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr