Edito du mois : L’Europe dans la cour des grands

Mis à jour le: 28/03/2019 par Jonathan Levy

Edito Mars 2019 - Europe cours des grands - couv

Depuis mi-2018, la croissance continue de donner des signes de ralentissement en Europe et en Chine. La cause est à présent assez claire : la guerre commerciale lancée par Trump début 2018 contre la Chine crée des perturbations économiques, et les pays qui dépendent fortement du commerce international (Allemagne, Chine) sont particulièrement touchés.

Une question est sur toutes les lèvres : les négociations en cours vont-elles déboucher sur un nouveau monde plus équilibré et plus juste permettant d’envisager de nouvelles perspectives de croissance de part et d’autre ?

La bonne tenue des marchés financiers dans le futur dépend en grande partie de la réponse à cette question.

 

La venue de Xi Jinping en France a permis de mettre en évidence les différences de méthodes entre les USA et l’Europe vis-à-vis de la Chine.

L’Amérique de Donald Trump se place dans la confrontation avec le géant asiatique. Il a d’abord instauré de nouvelles taxes douanières pour faire pression sur son homologue chinois pendant la phase de négociation. Les négociations sont lentes, si bien que ces incertitudes fragilisent plus la Chine que les États-Unis. Pour l’instant, rien ne dit que la méthode de Trump générera des résultats positifs dans le futur, alors qu’il est acquis qu’elle provoque des turbulences à court terme.

 

La méthode européenne est opposée à celle de Trump : Macron et Merkel ont tenu un langage différent prônant le multilatéralisme, ils déroulent le tapis rouge et critiquent en creux le repli sur soi présumé des États-Unis. Pourtant, les objectifs des européens et des américains sont assez proches. Les deux doivent obtenir que leur partenaire chinois change sur des sujets de fond.

La propriété industrielle doit être garantie : l’affaire Huawei crée de sérieux doutes quant à la sincérité des chinois sur cette question. L’Europe est tout autant touchée que les États-Unis.

Le principe de réciprocité doit être appliqué sans condition. Or, il n’est toujours pas possible pour des sociétés étrangères de devenir majoritaire dans une société chinoise, alors que l’inverse est vrai. Les étrangers ne peuvent pas investir dans des actifs stratégiques en Chine. De son côté, la France a vendu partiellement à un consortium chinois l’aéroport de Toulouse, actif jugé pourtant stratégique par la Cour des comptes. C’est tout le débat autour des nouvelles routes de la soie voulues par les Chinois. L’Allemagne a raison de dire à la Chine que nous ne pouvons les accepter uniquement dans le cas de routes « à double sens », c’est-à-dire qu’elles doivent permettre la réciprocité des échanges.

La Chine pratique le dumping économique et social, pour aider des entreprises à exporter plus facilement dans des conditions déloyales.

La Chine contrôle toujours sa monnaie. Même si elle a envisagé de laisser flotter sa devise, on en est encore très loin.

Résultat des courses : la Chine présente un excédent commercial avec pratiquement tous ses partenaires. La France se targue d’avoir vendu 300 Airbus, mais ceux-ci seront produit dans l’usine chinoise qu’Airbus avait dû construire pour obtenir des marchés. Cela ne contribuera donc que très partiellement à réduire notre déficit avec la Chine. De plus, cela offre la possibilité aux ingénieurs chinois d’apprendre la technologie européenne.

 

L’Amérique de Trump semble trop agressive et provoque des remous contraires à l’effet recherché. L’Europe de Macron et de Merkel semble trop naïve, et risque de ne pas réussir à faire plier la Chine aussi rapidement qu’il ne faudrait. En tous cas, elle est apparue plus unie que d’habitude, le couple franco-allemand a réussi à parler d’une seule voix. On dirait bien qu’elle a évolué dans l’adversité, et notamment face à un Royaume-Uni qui aurait pu déstabiliser l’Europe tout entière. L’Europe a réussi à faire avec un partenaire plus petit ce qu’elle n’arrive pas avec un géant. Pour grandir encore un peu plus, l’Europe se doit de rester unie et ferme face à des acteurs plus grands qu’elles, pour mieux protéger sa population et son économie. C’est bien toute l’ambition de la construction européenne.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr