Edito du mois : The bitcoin is the new dollar

Mis à jour le: 19/12/2017 par Jonathan Levy

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Orange is the new black. Soft is the new strong. On pourrait continuer la liste encore longtemps. Dans le monde d’aujourd’hui, ce qui est nouveau est forcément bon. Quand on rajoute à cela une note digitale, cela fait naître les plus grandes attentes. Uber a uberisé les taxis. Airbnb a ubérisé les hôtels. Mais peut-on tout ubériser ? Peut-on ubériser les banques centrales ?

Certains se demandent si cette nouvelle monnaie, le bitcoin, ne va pas supplanter le dollar, l’euro et le yen. Quelle importance faut-il accorder à ce phénomène qui est encore naissant ? Est-ce le début d’une révolution monétaire ou un simple effet de mode ?

 

Tout d’abord, le bitcoin est-il réellement une monnaie ? Pour l’instant on peut en douter. En général, une monnaie a plusieurs fonctions : c’est au moins un instrument de transaction, et parfois une réserve de valeur. Mais pour l’instant, il n’est pas encore possible de payer ses courses en bitcoin dans les magasins et il n’y a pas de banque centrale dans le monde qui conserve cette monnaie dans son coffre fort électronique. De plus, la volatilité de son cours l’empêche de tenir ce rôle actuellement.

 

Même s’il est trop tôt, certains comparent le bitcoin à l’or, qui n’a qu’une utilité réduite, car il présente certaines similitudes. C’est un actif dépourvu de risque émetteur, et n’a pas de nationalité. Alors est-ce qu’à terme le bitcoin remplacera l’or en tant que valeur refuge. Il est très difficile de répondre à cette question aujourd’hui. Ce qui fait de l’or une valeur refuge, c’est justement l’idée que les femmes et les hommes veulent bien s’en faire. C’est une convention humaine partagée depuis des millénaires, qui fait de l’or ce qu’il est. Cette convention s’est exprimée au fil des crises économiques et financières que nous avons traversées sur plusieurs siècles, et qui ont vu la valeur de l’or s’apprécier à chaque fois. Le bitcoin n’a que quelques années d’existence.

« Pour l’instant, plus qu’une véritable monnaie, le bitcoin est surtout un actif spéculatif. »

Mais si on parle autant du bitcoin depuis quelques semaines, c’est avant tout parce que son cours a progressé de 1 600% depuis le début de l’année. Beaucoup d’entre nous s’interrogent donc sur l’opportunité d’en acheter aujourd’hui. Là encore il est difficile de répondre à cette question, car en fait il est impossible de donner une valeur intrinsèque à cette monnaie, ce qui n’est pas le cas des monnaies traditionnelles. A ce stade, bienprévoir.fr ne donnera pas de conseils d’achat ou de vente d’un actif sur lequel on a aussi peu de visibilité.

Pour l’instant, force est de constater que, plus qu’une véritable monnaie, le bitcoin est surtout un actif spéculatif, dont la hausse alimente la hausse. Avant d’éclater les bulles spéculatives exercent toujours une force d’attraction, qui finalement ne fait que les renforcer. Certes les partisans du bitcoin présentent des arguments solides. Selon eux, de plus en plus de gens finiront par utiliser les crypto-monnaies car elles s’appuient sur une véritable innovation technologique : les transactions sont fortement sécurisées, et instantanées. A cela, s’ajoute le rêve libertaire de s’affranchir des Etats et des Banques Centrales dont beaucoup ne comprennent plus la politique monétaire.

 

Justement, on touche ici le principal risque pour ces monnaies virtuelles qui cherchent finalement à ubériser les grandes monnaies que sont le dollar et l’euro. Mais les Etats peuvent-ils laisser opérer cette transformation sans réagir ?

Cela est peu probable, car la monnaie a toujours été une arme économique à disposition des Etats. Sans un yuan sous-valorisé, la Chine n’aurait jamais connu deux décennies de boum économique qui s’est traduit par l’émergence d’une classe moyenne de plusieurs centaines de millions de chinois.

Les Banques Centrales voient également d’un très mauvais œil l’émergence des monnaies virtuelles. La crise financière de 2008 a été gérée par les Banques Centrales en augmentant considérablement la masse monétaire. Si les crypto monnaies s’imposaient, cela les priverait de cette arme monétaire aussi puissante que l’arme nucléaire. Elle a permis de relancer la croissance après une des crises les plus fortes qu’on ait connut, et malgré les montagnes de dettes accumulées.

 

Les Banques Centrales sont responsables de la stabilité monétaire. On voit mal comment elles pourraient laisser s’installer une monnaie parallèle qui est aussi volatile, et dont une des raisons est la rareté organisée par le système d’algorithmes. Sur les marchés financiers il existe un dicton qu’il est bon de rappeler : don’t fight the Central Bank.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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