Edito du mois : Une démocratie moderne

Mis à jour le: 26/06/2018 par Jonathan Levy

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Trump ne fait pas dans la demi-mesure. Alors qu’actuellement les Etats-Unis possèdent le taux d’impôt sur les sociétés parmi les plus élevés au monde, avec un taux de 35%, il a annoncé vouloir le ramener à 15%, pas loin du paradis fiscal qu’est l’Irlande. Crédible ou pas ?  On peut commencer à en douter : les 100 premiers jours de la présidence Trump sont marqués par plusieurs échecs à mettre en œuvre les réformes promises.

 

Il a donc décidé de s ‘attaquer à l’un des marqueurs de sa campagne avec cette baisse historique des impôts sur les sociétés. Trump veut s’attaquer aux sommes stockées par les multinationales américaines à l’étranger qui refusent de rapatrier ces liquidités parce qu’elles considèrent le taux d’impôt trop élevé. On parle d’un trésor de guerre compris entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars. A elle seule la société Apple disposerait de plus de 200 milliards.

Avec un taux d’imposition ramené à 15% les multinationales n’auraient plus d’incitation à conserver leur trésorerie en dehors des Etats-Unis. Au delà des recettes fiscales escomptées, cette baisse d’impôts doit inciter les entreprises à investir, à augmenter leurs dépenses en Recherche & Développement et à embaucher. Le pari de Trump est que cela doit générer un surcroit de croissance de 1% par an, ce qui financerait le manque à gagner estimé à 2 000 milliards de dollars sur 10 ans.

Trump prévoit également de baisser l’impôt sur le revenu des ménages américains en diminuant le nombre de tranche et en abaissant le taux le plus élevé de 40 à 35%. Il souhaite enfin supprimer l’impôt sur les successions, qui rapporte pourtant plusieurs milliards de dollar à l’Etat.

 

Quid de la France ?

 

Aucune compensation n’est prévue en face de ces baisses d’impôt. C’est pourquoi beaucoup redoutent que cette réforme fiscale ne creuse finalement le déficit et la dette publics. Ceci pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur l’économie. La dette américaine a déjà atteint un niveau élevé (104% du PIB, soit un niveau supérieur à celui de la France), et toute hausse supplémentaire pourrait provoquer une forte hausse des taux et un renforcement du dollar, sans que la Fed ne puisse réagir (l’inflation dépassant son objectif). In fine, cela pourrait détruire des emplois.

Ainsi il n’est pas encore acquis que cette réforme, annoncée par le Secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, ne soit adoptée en l’état par le Congrès qui semble peu enclin à laisser filer la dette. Nous sommes encore dans les 100 jours qui suivent l’élection de Trump, dans un contexte globalement identique à celui qui prévalait pendant les débats électoraux. Et pourtant les républicains ne sont toujours pas d’accord sur les mesures à mettre en place.  On n’est pas loin du blocage.

Cette situation doit nous interpeler. Il reste 10 jours à nos deux candidats finalistes pour clarifier et expliquer au maximum leur projet afin d’appliquer ensuite ce qu’ils ont annoncés. Et si c’était tout simplement ça une démocratie moderne ?

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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