Le théorème de Thalès

Mis à jour le: 04/07/2018 par Jonathan Levy

Alexis Tsipras a dû lire Thalès, mathématicien et philosophe grec : « le temps met tout en lumière » disait-il, il y a 2500 ans.

Cela fait 4 mois que le nouveau premier ministre grec a été élu, et on en est toujours au même point, c’est-à-dire au point mort. Sa tactique est claire comme de l’eau de roche, il cherche à gagner du temps, et joue avec nos nerfs. Les marchés financiers n’aiment pas ces longues périodes d’incertitude, et leurs nerfs commencent à craquer, c’est une semi victoire pour Tsipras.

Mais il est à présent au pied du mur. Il va devoir trouver une solution avant la fin du mois de juin. Le paradoxe de la situation est que les deux protagonistes (Grèce et Commission Européenne) ont intérêt à trouver un accord.

Ni la Grèce ni la zone euro n’ont intérêt à rentrer dans une crise qu’engendrerait le « Grexit ». Du côté grec, on assisterait à une véritable catastrophe sociale et humaine. Les Grecs ne trouveraient plus d’investisseurs pour financer leur dette qui continue d’augmenter. Les fonctionnaires ne pourraient plus être payés, les retraites seraient coupées, bien plus que ce que l’Europe réclame. Un retour au drachme serait un leurre : les grecs qui sont importateurs nets (ils importent plus qu’ils n’exportent), ont plus à perdre qu’à gagner d’une dévaluation de leur monnaie.

Du côté européen, la sortie de la Grèce de la zone euro serait également une mauvaise nouvelle. D’abord cela prouverait notre incapacité à gérer un problème interne. Ensuite, cela créerait un précédent. On aura beau expliquer que la Grèce est un cas particulier, on n’échappera pas à la tentation de penser que cette situation peut se reproduire avec un autre pays.  A la moindre difficulté, on envisagera la sortie de la zone euro du pays concerné. C’est l’éclatement de la zone euro qui est alors programmé.

Personne ne souhaite vivre cette situation, mais tout le monde espère obtenir le maximum de la partie adverse. Cela nous promet encore de beaux jours jusqu’à la fin du mois de juin !

Mais une fois la tragédie grecque passée (je n’ai pas de doute que cela finisse par arriver), il reste un second écueil pour les marchés financiers, qui lui va perdurer, la hausse des taux d’intérêt dans le monde.

On a vu en Europe en particulier les taux remonter de manière spectaculaire depuis un mois. Le Taux du Bund allemand (obligation émise par l’Etat Allemand) est passé de 0,05% à plus de 1%.

A cet égard, la réaction de Mario Draghi peut paraître surprenante dans une première approche. Lors de sa conférence de presse du 3 juin dernier, il n’a pas cherché à contrecarrer la hausse des taux, ce qui a accentué la volatilité sur les marchés financiers. Or, la Banque Centrale Européenne a mis en place un programme de rachat de dettes souveraines dont l’objectif est justement de faire baisser les taux d’intérêt à long terme, pour stimuler la croissance.

Mais après analyse, on peut juger très sages les propos de Mario Draghi. Comme toujours les marchés sont excessifs. La baisse des taux de ce début d’année était excessive et risquait d’engendrer des bulles spéculatives, dont l’éclatement pourrait être la crise de demain. Il doit donc éviter que les instruments qu’il utilise portent en eux les germes de la prochaine crise financière. C’est l’accusation que certains portent envers Alan Greenspan, ancien Président de la FED.

D’autre part, l’inflation est bien repartie à la hausse depuis le lancement du QE (quantitative easing), si bien que les conditions de financement restent ultra favorables économiquement, malgré la hausse des taux d’intérêts.

Enfin, l’inconvénient majeur de la hausse des taux est finalement qu’elle provoque une hausse de l’euro. Or Mario Draghi sent bien que la BCE dispose de beaucoup plus de marges de manœuvre que la FED. Il est de plus en plus évident que celle-ci va devoir relever ses taux rapidement (peut être dès septembre), ce qui va renchérir le dollars et rabaisser l’euro.

Finalement, le contexte reste toujours très favorable à la zone euro. Après avoir fortement corrigé, les marchés actions de la zone euro devraient donc repartir à la hausse. C’est bien vrai, « le temps met tout en lumière », et profite à qui sait attendre. C’est aussi ça le théorème de Thales.

Voici quelques pistes de réflexion pour les élèves qui passent le brevet et le bac. Bonne chance à eux !

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr