Les conséquences innombrables du Brexit

Mis à jour le: 10/07/2018 par Jonathan Levy

Le Royaume-Uni a voté le mois dernier : ce sera le Brexit.

Ainsi, le FMI a déjà revu à la baisse les prévisions de croissance pour cette année et pour l’année prochaine, alors que les experts concèdent que les prévisions auraient été revues à la hausse sans Brexit !

Sans juger des raisons qui ont poussé les britanniques à faire ce choix historique, on n’a pas fini de comprendre les conséquences de ce vote, tant elles sont multiples et complexes : politiques et géopolitiques, économiques et sociales, …

Sur le plan des symboles, il y en a un qui nous concerne : en terme de puissance économique (mesuré par le PIB), le Royaume-Uni pourrait rétrograder de la 5ème à la 6ème place mondiale… en faveur de la France !

 

L’économie britannique semble être déjà touchée par le Brexit, avant même que l’on sache quand sera enclenché le fameux article 50 du traité de l’Union Européenne. Les premiers chiffres dont on dispose marquent un impact sur la consommation (par exemple les ventes de voitures neuves sont en baisse de 1% en juin alors qu’elles progressent de près de 7% dans le reste de l’Union Européenne). Le pouvoir d’achat des ménages est touché par la forte baisse de la livre sterling (-10% par rapport à l’euro), le pays étant importateur net.

Mais les effets vont s’étaler sur plusieurs années. Les investissements vont se réduire progressivement, une grande partie d’entre eux ont été décidés avant le Brexit et ne seront pas stoppés. En revanche, les décideurs économiques suspendent leurs décisions d’investissements pour l’avenir en attendant d’y voir plus clair.

On voit bien qu’il n’y a pas d’effet de panique des opérateurs, les marchés financiers se sont relativement bien tenus. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. L’indice Footsie (l’équivalent du CAC 40 à Londres) regroupe beaucoup d’entreprises fortement internationalisées, présentes sur des secteurs peu touchés par le Brexit, comme la pharmacie par exemple. En revanche, le cours des banques britanniques traduit mieux l’inquiétude des marchés à cet égard (RBS a chuté de 25% environ depuis le vote).

Pas de panique, certes, mais la confiance est fortement ébranlée. En témoigne la crise immobilière avec la fermeture de 7 fonds immobiliers incapables de faire face à la demande de rachats massifs. Le Royaume-Uni ne constitue plus une zone de stabilité (politique, économique et fiscale) comme elle l’avait été jusqu’à présent. Difficile d’investir dans un pays qui va traverser une zone de turbulence pendant 5 à 10 ans.

L’Union Européenne, et la zone euro en particulier, vont probablement profiter de ces investissements qui n’auront pas lieu en Grande Bretagne. Dans le secteur financier par exemple, les grandes banques américaines réfléchissent à redéployer leurs effectifs. Pour JP Morgan qui emploie 16 000 personnes à Londres, 4 000 personnes pourraient être relocalisées dans une filiale de la zone euro (Francfort, Paris ou Dublin).

Le Brexit va modifier l’équilibre politique au sein de l’Union Européenne. L’Allemagne a une vision libérale de l’organisation du commerce, qui se rapproche plus de celle du Royaume-Uni que de la France. Le « leave »  britannique aura un impact sur les futures décisions que nous devrons prendre en Europe.

 

Un débat très technique a lieu en ce moment au sujet des créances douteuses dans le bilan des banques italiennes. Au travers de ce débat abscons, deux visions du monde s’opposent, la vision libérale allemande d’un côté et la vision plus centralisée franco-italienne de l’autre. L’Allemagne veut faire payer les investisseurs et les clients en cas de faillite d’une banque, quand la France et l’Italie souhaitent que les Etats puissent intervenir en dernier ressort pour garantir le système bancaire, en rachetant les créances douteuses. Depuis le vote britannique, les partisans de la vision étatique ont pris plus de poids en Europe, la BCE a fait un pas dans leur sens.

Dans tous les cas, en cette période d’incertitude, l’Europe doit prouver qu’elle est capable d’avancer sur des sujets aussi majeurs, nécessaires pour libérer l’économie européenne.

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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