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Mis à jour le: 10/07/2018 par Jonathan Levy

Les marchés financiers ont les yeux rivés sur les Banques Centrales.

Plus rien n’a d’importance, exceptée LA question qui taraude tout le petit monde de la finance : la FED relèvera-t-elle les taux en septembre ou en décembre ? Les marchés sont devenus schizophrènes sur cette question. Une baisse de la production industrielle, qui éloigne le relèvement des taux par la FED, provoque une hausse des indices !

Ils cherchent à interpréter chaque chiffre, chaque virgule du discours d’un membre du Comité de politique monétaire. Mais pourquoi parle-t-on autant des banques centrales sur les marchés ? La finance a-t-elle évolué depuis les années Greenspan ?

 

En fait, c’est surtout la communication de la FED qui a évolué depuis la crise des subprimes en 2008. Des économistes ont analysé les annonces de la FED sur longues périodes. Ils concluent que, depuis quelques années, la FED a perdu sa capacité à influer les marchés par sa seule parole. Et pourtant, depuis 2012, la FED est plus transparente et fournit un certain nombre d’informations pour guider les marchés. Par exemple, elle donne les anticipations des membres de la FED sur les taux dans le futur. Le résultat est qu’on s’aperçoit que le Comité est très divisé sur la politique à mener. Au final, les marchés estiment que la FED en sait aussi peu qu’eux sur l’évolution de l’économie. La réponse des banquiers centraux était la transparence, qui apporte finalement plus d’incertitude, et qui conduit à plus de volatilité sur les marchés, alors qu’il manque en fait une sorte de « story telling ».

 

Certes, les marchés financiers ont raison d’accorder de l’importance à la politique monétaire des Banques Centrales. Il est indéniable que ces politiques produisent leurs effets. Il est acquis aux Etats-Unis que le quantitative easing de la FED a fortement contribué au redémarrage du secteur automobile, en dopant la demande. En Europe, on voit clairement que les encours de crédit sont repartis à la hausse depuis le fameux lancement du programme de la BCE au 1er trimestre 2015. Enfin, ces politiques ont permis à tous les états très endettés de fonctionner, sans quoi ils seraient tous en faillite. Le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts payés par l’Etat, a baissé alors que la dette s’est envolée.

 

Mais les marchés ont tort de négliger les autres piliers de la politique économique. De l’aveu même des banquiers centraux, les politiques monétaires ne sont pas suffisantes pour dynamiser plus fortement l’économie, et pour accélérer la baisse du chômage. De plus en plus de voies s’élèvent pour réclamer une nouvelle relance budgétaire.

Les économistes du FMI ou de l’OCDE militent depuis longtemps déjà pour un plan de relance. Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a relayé cette position en affirmant que les politiques budgétaires pourraient jouer un plus grand rôle.

 

Deux écueils par rapport à cette idée de relance. Le premier porte sur le niveaux des finances publiques déjà très dégradées dans les pays avancés. En France, la dette représentera bientôt 100% du PIB, ce qui laisse peu de place à un accroissement. Mais la politique de la BCE permet de financer facilement la dette des Etats à un taux attractif, ce serait dommage de ne pas utiliser cette aubaine.

Deuxième écueil, l’histoire nous a montré qu’un plan de relance entraîne surtout une hausse des importations et ne profite pas vraiment au pays. Mais cette fois il n’est pas question d’un plan de relance tourné vers la consommation des ménages. Il s’agit surtout de lancer un plan d’investissements pour assurer la croissance d’aujourd’hui et de demain.

Certains économistes insistent sur la nécessité d’un plan d’investissement au niveau européen. Cela permet par exemple d’investir dans des secteurs qui profiteraient d’une convergence européenne et de synergie entre pays.

Il est aussi important de bien sélectionner les secteurs les plus porteurs d’avenir, et au sein de chaque secteur, il faut sélectionner les projets les plus prometteurs. Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire.

A travers cette idée économique d’un plan d’investissement, c’est aussi la politique qui est visée. Les investissements tournés vers le numérique, l’environnement, l’énergie , constituent un magnifique projet commun, dont l’Europe a cruellement besoin aujourd’hui.

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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