Edito du mois : Donald, un ami qui vous veut du bien

Mis à jour le: 04/07/2018 par Jonathan Levy

 

guerre commerciale trump donald

Il ne fait pas bon d’être l’allié des États-Unis. En ce mois de mai, les Européens ont reçu de nombreux camouflets de la part de leur ami américain. A la suite de l’annonce de Donald Trump de la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, le président du Conseil européen Donald Tusk a déclaré : « avec des amis comme les États-Unis, on n’a pas besoin d’avoir des ennemis » !

 

En effet, la décision de Trump s’impose à toutes les grandes sociétés européennes : toute entreprise qui utilise le dollar est soumise à la loi américaine. BNP Paribas qui a payé une amende de 9 Md$ en 2015 doit s’en rappeler. La banque avait été accusée par la justice américaine d’avoir contourné l’embargo imposé par les États-Unis en Iran, à Cuba en Syrie et en Lybie. La monnaie américaine étant absolument incontournable pour une grande entreprise, Total, Peugeot, Renault (pour ne citer qu’elles) vont devoir renoncer à tous leurs projets de développement en Iran.

 

Jeudi 24 mai Donald Trump a provoqué une nouvelle levée de bouclier en Europe en annonçant l’ouverture d’une enquête qui pourrait aboutir à la mise en place de nouvelles barrières douanières qui toucheraient cette fois les importations de véhicules. Ces taxes pourraient s’élever à 25% !

L’équipe de Donald Trump est persuadée que les importations ont grandement affaibli l’économie américaine . Depuis le début de son mandat, il cherche à instaurer plus de réciprocité commerciale. Il est vrai que c’est un sujet majeur pour les États-Unis, dont les précédents Présidents semblaient plutôt résignés.

Et pourtant, début mai, les États-Unis ont affiché une nouvelle hausse du déficit commercial sur un an. Le déficit s’est tout de même creusé de 18,5% depuis 2017, malgré une amélioration sur le dernier mois, notamment avec la Chine.

En 2017, le déficit commercial américain s’est élevé à 810 Md$. Le secteur automobile est en partie responsable de ce déficit. En 2017, les importations automobiles ont porté sur 192 Md$, alors que les exportations se sont élevées à 57Md$. Le déficit commercial ressort donc à 135 Md$, soit 17% du déficit global américain.

Dans le détail, les principaux pays qui exportent les plus de véhicules aux États-Unis sont le Canada, le Mexique, le Japon, l’Allemagne et le Corée du Sud.

Si on s’en tient à l’Europe, il est vrai qu’actuellement les taxes sont 4 fois moins importantes aux États-Unis qu’en Europe : les voitures importées sont taxées à 2,5% aux États-Unis vs 10% en Europe.

Les États-Unis sont légitimes à demander un alignement des taxes, mais cela ne devrait pas suffire à équilibrer les échanges.

 

Au-delà du seul secteur automobile, c’est tout le modèle économique des pays exportateurs qui est mis en cause. Au sein même de l’Europe, l’Allemagne essuie de nombreuses critiques de la part de ses propres partenaires (France en tête) : la croissance allemande est tirée par ses exportations et pas assez par sa demande interne, dont pourrait profiter ses partenaires.

Pour l’instant Macron a reçu une fin de non-recevoir de la part du ministre des finances allemand. Les Allemands estiment que l’Europe ira bien quand tous les pays auront fait les réformes économiques qui s’imposent. Ils refusent toute idée de solidarité supplémentaire qui conduirait selon eux à plus de laxisme budgétaire. Le programme économique des deux partis italiens qui ont gagné les dernières élections ne devrait pas les faire changer d’avis.

 

Finalement, les Français et les Américains sont plutôt sur la même ligne. Ce qui différencie les deux pays, c’est la méthode. Macron (et avant lui les précédents Présidents français), cherche à convaincre ses alliés par le dialogue constructif, alors que Trump est dans le rapport de force. Quelle approche a le plus de chance de changer le commerce international dans le futur, Trump ou Macron ?

Pour répondre à cette question, il faut relire Machiavel : « il est plus sûr d’être craint que d’être aimé ». Si Trump ne fait rien pour être aimé, Macron ne fait rien pour être craint.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr