Edito du mois : Guerre commerciale, le retour en force du politique

Mis à jour le: 30/03/2018 par Jonathan Levy

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Les bourses mondiales sont de nouveau chahutées depuis un mois. Un nouveau sujet de préoccupation balaye le précédent qui était lié au risque d’accélération de l’inflation aux États-Unis. Il s’agit à présent du risque de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, provoquée par les frasques de Donald Trump.

Trois questions pour bien cerner les enjeux de cet affrontement, parce que pour bien anticiper il faut bien comprendre !

 

Quelles seraient les conséquences d’une guerre commerciale ?

Le commerce international a pris une place considérable dans l’économie depuis quelques décennies. Si on prend en considération la somme des importations et des exportations, elle représente plus de 60% du PIB mondial, contre 40% il y a 30 ans. Parallèlement, les droits de douane ont été abaissé de 60 à 22%. Avec la création de l’OMC en 1995, cela explique en grande partie l’internationalisation des échanges.

Les entreprises ont profité de ce contexte favorable pour mettre en place des chaines de production mondiales. Les échanges intra entreprises et intra branche se sont accélérés ces toutes dernières années.

Des tensions protectionnistes qui s’accompagneraient d’une hausse des barrières douanières provoqueraient alors un choc négatif sur l’économie. Cela engendrerait une baisse des marges des entreprises concernées, qui seraient alors obligées d’augmenter leur prix de vente. En conséquence, on pourra avoir moins de croissance et plus d’inflation, signe d’une chute du pouvoir d’achat.

 

Que cherche à obtenir Donald Trump ?

Si une guerre commerciale est si négative pour l’économie mondiale, il peut paraître étonnant que le président américain se lance corps et arme dans la bataille. De plus, la FED vient tout juste d’annoncer des perspectives réjouissantes pour les deux années à venir, avec une amélioration de la croissance (qui pourrait atteindre 2,8% cette année) et une baisse supplémentaire du chômage à 3,6%, alors qu’il est déjà sur un niveau plancher (à 4,1%). Alors, pourquoi maintenant ?

Il est vrai que les chiffres officiels de l’emploi masquent une réalité moins flatteuse. Une partie de la population est désespérée de trouver un job, et a donc arrêté ses recherches d’emploi. Cette partie sort des chiffres officiels. La réalité est que le taux de participation à l’emploi est au plus bas de 40 ans.

Donald Trump est probablement l’homme politique américain qui a le mieux compris cette situation. Sa solution qu’il propose depuis deux ans : lutter contre le déficit commercial avec la Chine qui a quadruplé en 15 ans.

Il est de notoriété publique que le Chine ne respecte pas toutes les règles du commerce international, ce qui favorise leur économie au détriment des autres.

Donald Trump engage donc un bras de fer avec la Chine afin de rééquilibrer les échanges entre les deux pays. Au-delà des chiffres comptables, le but est de relocaliser des emplois sur le sol américain, et de permettre une hausse des salaires de la classe moyenne.

 

Jusqu’où ira Donald Trump ?

Les reproches formulés à l’égard de la Chine portent sur 3 thèmes majeurs : la concurrence déloyale, le vol de propriété industrielle, et le manque d’ouverture de son marché.

Si Donald Trump semble être dans l’affrontement, il nous paraît plutôt qu’il se place dans une situation de négociation qu’il cherche à aborder en position de force, en mettant ses interlocuteurs sous pression.

Du côté de la Chine, ils ont compris qu’ils sont un peu au bout de leur modèle de croissance basé jusque-là sur les uniques exportations. Depuis quelques années, ils tentent de rééquilibrer leur croissance au profit de la demande intérieure.

Ni les États-Unis ni la Chine n’ont intérêt à une confrontation longue et dure, qui déstabiliserait leurs économies. En revanche, ils doivent se montrer déterminés parce que certaines choses doivent réellement changer.

 

Il sera intéressant de voir les résultats obtenus pas les différentes parties à la sortie de ce conflit économique. Allons-nous assister à un toilettage cosmétique des relations commerciales pour faire bonne figure devant les électeurs américains et le parti unique, ou bien assisterons-nous à la mise en place d’un nouvel ordre ?  Sommes-nous en train de vivre le retour en force du politique face à la mondialisation, où, jusqu’à présent, les multinationales se jouaient totalement des intérêts des pays dans lesquels elles exerçaient leurs activités ?

 

Il est encore trop tôt pour juger si le politique a les bonnes réponses, mais il est clair qu’il pose enfin les bonnes questions.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr