Un revenant dans la guerre des monnaies

Mis à jour le: 05/07/2018 par Jonathan Levy

C’est un grand paradoxe, l’économie mondiale n’a jamais été aussi intégrée, avec l’émergence de grands groupes mondiaux comme les géants d’internet, les compagnies pétrolières, les sociétés pharmaceutiques, et bien d’autres. Et pourtant les disparités restent extrêmement fortes. Je ne parle pas du niveau de richesse absolue mais de la dynamique de croissance des grandes zones économiques de la planète.

 Le FMI relève que la croissance mondiale est non seulement inégale, mais aussi « divergente ». La croissance est désormais plus forte dans les économies avancées, et plus faibles dans les économies émergentes. Décidément, la décennie que nous vivons ne ressemble en rien à la précédente.

 La Chine des années 2010 n’est vraiment pas la Chine des années 2000. La croissance du PIB chinois devrait passer sous la barre des 7% dès cette année, en deçà de l’objectif du gouvernement. Le FMI prévoit une croissance de 6,8% pour 2015 et 6,3% pour 2016.

 Symbole de la puissance de la Chine dans les années 2000, les exportations ont chuté de 15% en un an. Le pays subit la double concurrence du Japon et de la zone Euro, qui de leur côté assistent à une remontée de leurs exportations, aidées par la baisse de leur monnaie.

 Pendant les années 2000, le Yuan a largement contribué à l’émergence de la Chine sur le plan économique. D’ailleurs, les Etats-Unis et l’UE se plaignaient régulièrement de la sous-évaluation artificielle du Yuan. Mais depuis 2007, le Yuan s’est beaucoup apprécié : +25% face au yen et au dollar, +50% face à l’euro. Dans le même temps, les salaires ont fortement augmenté en Chine. Au bout du compte, le pays a beaucoup perdu en compétitivité par rapport à ses concurrents.

 Pour faire face à ces difficultés, la PBOC (People’s Bank Of China), la Banque Centrale Chinoise, laisse entendre qu’elle pourrait à son tour se lancer dans un assouplissement monétaire qui, comme tout ce que fait la Chine, sera gigantesque, à l’échelle du pays. C’est cette perspective qui a provoqué la hausse de la bourse de Shanghai, qui bénéficie en même temps de l’ouverture au reste du monde. La hausse s’élève à 60% en 6 mois !

 Ainsi, la guerre des monnaies gagne en intensité avec le retour en force de la Chine. Si la réaction de la BCE est assez prévisible (elle devrait continuer son programme au moins jusqu’en septembre 2016), la FED est face à un dilemme compliqué à gérer. En tout état de cause, elle devrait remonter ses taux rapidement pour éviter une résurgence de l’inflation néfaste pour l’économie. Mais une remontée des taux accentuerait la force du dollar, qui pénalise également l’économie. 

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr