Edito du mois : Le Luxembourg, le nouvel eldorado pour les épargnants

Mis à jour le: 31/07/2018 par Jonathan Levy

Luxembourg : le nouvel eldorado des épargnants français

Les chiffres du 1er semestre de l’assurance-vie sont sortis, ils marquent une réelle vigueur du placement préféré des français. La collecte nette s’élève à 12 Md€ sur le 1er semestre, et dépasse le chiffre enregistré pour toute l’année 2017 (environ 7 Md€). C’est la collecte nette la plus élevée depuis 5 ans. Les encours s’élèvent à présent à 1 700 Md€, soit environ 77% du PIB.

Mais ces bons chiffres masquent une autre réalité : de plus en plus de français placent leur argent au Luxembourg.

En 2017, les encours des contrats d’assurance-vie luxembourgeois détenus par des français se sont élevés à près de 54 Md€.

Certes cela ne pèse que 3% de l’assurance-vie en France, mais on observe une forte progression de 17% sur un an. Sur 5 ans, les encours ont plus que doublé, avec une croissance de 131%.

 

Les faiblesses de l’assurance-vie française

 

Les raisons de la bonne tenue de l’assurance-vie luxembourgeoise résident dans les faiblesses du système français.

La loi dite « Sapin 2 », qui avait été votée fin 2016, prévoit la possibilité de bloquer ou de restreindre les rachats en cas de risque systémique. Or, la liquidité était jusqu’à présent un des critères les plus recherchés par les épargnants.

L’autre sujet d’inquiétude est l’instabilité politique en Europe. En 2017, les incertitudes autour du résultat des élections présidentielles en France ont poussé bon nombre de français à se tourner vers le Luxembourg. En effet, parmi les quatre candidats les plus haut dans les sondages, l’un affichait une posture anti-européenne, une autre prônait la sortie de la zone euro.

On constate un phénomène identique en Italie et dans les différents pays qui voient une montée du populisme.

Enfin, la dernière source d’inquiétude de l’assurance-vie française est le risque qui entoure les fonds en euros, une spécificité française.

Ces fonds en euros présentent sur le papier tous les critères du placement idéal : garanti en capital à tout moment, effet cliquet (les intérêts servis sont définitivement acquis), liquidité totale (les assurés peuvent sortir à tout moment sans pénalités). Mais ces fonds sont en réalité très risqués en cas de crise systémique. Si les taux d’intérêts remontent brutalement, les assureurs constateraient d’importantes moins-values latentes. En cas de sortie massive des épargnants, les assureurs seraient contraints de réaliser ces moins-values. On peut alors envisager un cercle vicieux poussant les épargnants à sortir encore plus vite, précipitant ainsi les problèmes des assureurs. On pourrait alors craindre des risques de faillites des compagnies d’assurance.

Les autorités, au travers de la fameuse loi Sapin 2, tenteraient de temporiser un peu (on parle d’une période de 3 mois renouvelable). Mais cela pourrait ne pas être suffisant.

 

Pourquoi un tel engouement ?

 

Le mieux est donc d’envisager d’autres alternatives, telle que l’assurance-vie luxembourgeoise.

Le système luxembourgeois est bien conçu et présente une meilleure protection pour les assurés au travers deux mécanismes : le triangle de sécurité et le super privilège.

Le principe qui prévaut au Luxembourg est que les actifs que vous détenez ne sont pas logés dans le bilan de la compagnie d’assurance, mais dans une banque dépositaire. En cas de faillite de l’assureur, vous pouvez récupérer les actifs directement. Au Luxembourg, les épargnants sont considérés comme des créanciers de premier rang, devant l’Etat ou les organismes sociaux, ce qui n’est pas le cas en France.

Enfin, l’assurance-vie luxembourgeoise offre plus de possibilités en termes de support. A partir de 125 000 €, il est possible de mettre en place un FID (Fonds Interne Dédié) dans lequel on a beaucoup de souplesse de placement, notamment en devises étrangères.

Certes, le système luxembourgeois n’est pas parfait. Même si les compagnies luxembourgeoises ont beaucoup investi ces dernières années, le système luxembourgeois reste un peu plus rigide, ce qui se traduit par plus de lenteur administrative que le système français. De plus, les contrats sont souvent moins accessibles.

 

Depuis plusieurs années, bienprévoir.fr œuvre pour dégonfler les fonds en euros classiques, et milite depuis peu pour que la France s’inspire du système d’assurance-vie au Luxembourg (relisez notre tribune parue dans Les Echos en Avril 2018) qui a fait ses preuves.

Il faudrait permettre de libeller son contrat d’assurance-vie en devises, séparer la gestion de l’épargne de la conservation des fonds. En termes de protection, octroyer aux épargnants une créance de 1er rang, en cas de défaillance de la compagnie d’assurance-vie, mais aussi augmenter le niveau de garantie d’État à au moins 150 000 €. Pour les expatriés ou les étrangers, offrir une transparence fiscale pour l’épargnant, quel que soit le pays de résidence. Enfin, déclarer un moratoire fiscal et juridique sur l’assurance-vie jusqu’en 2028.

 

Jean Monnet disait “Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise.” Et si cette fois, on essayait d’anticiper un peu, avant que la crise ne survienne ?

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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