Edito du mois : Pétrole fort, l’économie se normalise

Mis à jour le: 04/07/2018 par Jonathan Levy

Pétrole, économie et politique

En 2015, nous soulignions avec optimisme l’alignement des planètes, extrêmement favorable à la zone euro : baisse des taux, baisse de l’euro, et baisse du pétrole.

Or, depuis un an, c’est tout l’inverse qui se passe. Les taux d’intérêts remontent, l’euro s’apprécie de 12% par rapport au dollar, et le pétrole flambe de 45%. Faut-il craindre que cette nouvelle situation étouffe déjà la croissance encore convalescente, ou bien cela représente-t-il au contraire une nouvelle opportunité ?

Nous avons déjà abordé les 2 premiers sujets. Les hausses des taux et de l’euro sont assez lentes, et accompagnent la remontée progressive de l’inflation, si bien que les conditions financières restent très accommodantes, et continuent de stimuler la croissance.

Mais qu’en est-il de la hausse du pétrole ?

 

Tout d’abord, il faut bien comprendre ce qui alimente cette hausse des cours. Il y a plusieurs facteurs d’ordre économique, au 1er rang desquels la hausse de la demande de pétrole et la baisse des stocks (au niveau de l’OCDE, ils sont 3% en dessous de la moyenne sur 5 ans). La croissance mondiale a été de 3,8% en 2017, au plus haut depuis 6 ans. Et, selon le FMI, elle devrait se maintenir à 3,9% en 2018 et 2019. La demande de pétrole devrait continuer à croître ces 2 prochaines années.

De son côté, l’offre de pétrole s’est maintenue grâce à l’accord prolongé entre l’OPEP et la Russie. Les quotas sont parfaitement respectés par tous les acteurs, qui mesurent clairement leur intérêt. Quant au pétrole de schiste américain, dont la production augmente normalement au fur et à mesure de la remontée des prix du baril, la hausse de la production de pétrole américain a été plus faible que la hausse de la demande.

Les facteurs économiques expliquent probablement les 2/3 de la hausse du prix.

 

« Un nouvel embargo total sur l’Iran aurait un impact de 15 dollars supplémentaires sur le prix du baril (+20%) »

Le reste de la hausse provient des facteurs géopolitiques. Plusieurs événements s’accumulent et rendent la situation plus tendue. Un des éléments les plus marquants est la situation au Yemen, où l’Iran et l’Arabie Saoudite s’affrontent indirectement. Mais le prochain grand dossier est la reconduction de l’accord sur le nucléaire iranien, que Trump n’arrête pas de torpiller. L’enjeu est de taille puisque l’Iran exporte environ 2,5 Mios de barils par jour. Certains analystes estiment qu’un nouvel embargo total sur l’Iran aurait un impact de 15 dollars supplémentaires sur le prix du baril ce qui représenterait une hausse de 20%, par rapport au prix actuel. Mais sur ce dossier encore, on reconnait bien la signature de Trump, qui met une pression folle sur ses adversaires afin d’obtenir le maximum de leur part. C’est la technique bien huilée du Président américain qui pourrait conclure finalement un nouvel accord.

 

Mais, sans préjuger de la fin de cet épisode, il est probable que le baril se maintienne entre 70 et 80 $.

Quelles sont les conséquences économiques et pour les marchés financiers ?

 

Nous ne sommes pas démunis pour répondre à cette question puisque depuis 20 ans nous avons connu pas moins de 9 périodes de tensions pétrolières (avec une hausse de plus de 60% du baril). A 7 reprises, les marchés actions ont été positifs, et à 2 reprises, ils ont baissé. En fait, les deux exceptions de baisse du marché correspondent à des fins de cycle économique : la dynamique baissière du marché était indépendante de la baisse du pétrole (éclatement de la bulle internet en 2000-2001 et crise des subprimes en 2007-2008).

 

En fait, cela dépend surtout des causes du choc. S’il s’agit un choc d’offre comme en 1973-1974 ou 1978-1979, qui avait provoqué une hausse très rapide et de grande ampleur (+293% dans le 1er cas, et +178% dans le second cas), cela peut provoquer une crise économique sévère. Notons tout de même que l’économie était plus dépendante qu’aujourd’hui à l’énergie et au pétrole.

Dans le cas d’un choc de demande, l’impact économique est beaucoup plus mesuré, car la hausse des prix est « permise » par l’intensité de la reprise économique. En d’autres termes, l’amélioration économique permet d’absorber une hausse des prix. Dans le scénario actuel, cela rendrait même service à la BCE, puisque cela permettrait de se rapprocher de l’objectif d’inflation à 2%.

 

A ce stade, la hausse du pétrole ne remet pas en cause le scénario actuel de reprise économique durable dans la zone euro. Au contraire, c’est un signe de plus que l’économie se normalise en gommant un à un les affres des deux crises majeures que nous avons traversées au cours de la dernière décennie. Il reste un défi majeur, la montagne de dette accumulée est bien au-dessus du niveau où il était il y a 10 ans, avant la 1ère crise. Il faudra bien un jour qu’on s’attaque à ce sujet.

 

Par Jonathan Levy

Président, co-fondateur de bienprévoir.fr

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